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Le décrochage des bourses européennes depuis 2010 révèle-t-il un décrochage économique de l'Europe ?
information fournie par Le Cercle des économistes 04/05/2026 à 08:33

Patrick Artus
Patrick Artus

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Natixis

Chef économiste

https://www.natixis.com/natixis/jcms/j_6/fr/accuei

"De janvier 2010 à aujourd'hui, le niveau du S&P 500 a été multiplié par 6,3, le niveau du Nasdaq Composite par 10,7 ; le niveau de l'Eurostoxx 50 seulement par 2,1 et celui du CAC 40 seulement par 2,5."  (Crédits: Adobe Stock)

"De janvier 2010 à aujourd'hui, le niveau du S&P 500 a été multiplié par 6,3, le niveau du Nasdaq Composite par 10,7 ; le niveau de l'Eurostoxx 50 seulement par 2,1 et celui du CAC 40 seulement par 2,5." (Crédits: Adobe Stock)

On observe depuis le début de l'année 2010 un clair décrochage des bourses européennes par rapport aux bourses américaines. De janvier 2010 à aujourd'hui, le niveau du S&P 500 a été multiplié par 6,3, le niveau du Nasdaq Composite par 10,7 ; le niveau de l'Eurostoxx 50 seulement par 2,1 et celui du CAC 40 seulement par 2,5. On peut penser à cinq explications de cette sous-performance des bourses européennes par rapport aux bourses américaines, dont deux révèlent la faiblesse de l'économie européenne et trois des caractéristiques structurelles ou des comportements financiers différents aux Etats-Unis et en Europe.

Commençons par les deux explications qui révèlent la faiblesse structurelle de l'économie européenne. La première est le poids du secteur technologique, à la fois dans l'économie (7 % du PIB aux Etats-Unis, 4 % du PIB en Europe) et, encore plus, dans la capitalisation boursière (le secteur technologique représente 35 % de la capitalisation boursière aux Etats-Unis contre 7 % en Europe). On connaît les causes de la supériorité des Etats-Unis : disponibilité des moyens financiers pour investir (avec la présence de fonds de pension, le montant très élevé des investissements du Venture Capital aux Etats-Unis) ; liens étroits entre la recherche universitaire et la recherche en entreprises ; niveau élevé des dépenses de Recherche & Développement des entreprises (2,7 % du PIB aux Etats-Unis, 1,5 % du PIB dans la zone euro).

La seconde explication est liée à la première : la croissance de la productivité du travail est beaucoup plus rapide aux Etats-Unis (26 % du début de 2010 à la fin de 2025) qu'en Europe (7 % du début de 2010 à la fin de 2025 dans la zone euro), ce qui résulte du développement nettement plus rapide aux Etats-Unis des nouvelles technologies. Il en découle une croissance nettement plus rapide du PIB en volume aux Etats-Unis (du 1er trimestre 2010 au 4ème trimestre 2025, 45 %) qu'en Europe (pour la zone euro, 22 % sur cette même période). Bien sûr, une croissance rapide basée sur le développement technologique attire davantage les investisseurs qu'une croissance lente basée sur les secteurs et industries traditionnels.

Poursuivons par les trois explications qui résultent des comportements financiers ou des différences structurelles entre les Etats-Unis et l'Europe.

À lire aussi | Le PIB mondial déjà freiné par le conflit au Moyen-Orient-OCDE

La première est la grande différence entre la manière dont se partagent les revenus aux Etats-Unis et en Europe. En Europe, le salaire réel (le pouvoir d'achat du salaire) progresse au même rythme que la productivité du travail ; aux Etats-Unis, il croît beaucoup plus lentement que la productivité (les salariés américains ne reçoivent en moyenne que le tiers des gains de productivité). Cela explique que la profitabilité des entreprises est nettement plus forte aux Etats-Unis qu'en Europe (le Return on Equity des entreprises est de 17 % aux Etats-Unis et de 10 % en Europe), et justifie la valorisation des actions supérieures aux Etats-Unis (PER de 28 sur le S&P contre 18 sur l'Eurostoxx). Mais il n'est pas question en Europe d'adopter le partage des revenus très défavorable aux salariés observé aux Etats-Unis.

La deuxième est la structure de l'épargne. La détention d'actions des ménages américains (soit directement, soit au travers des fonds de pension) est beaucoup plus importante que celle des ménages européens : les ménages américains ont 42 % de leur richesse financière investie en actions contre environ 20 % par exemple pour les ménages français. Il y a en particulier une alimentation continue du marché des actions américaines par les investissements des fonds de pension.

La troisième explication comportementale est l'importance des rachats d'actions aux Etats-Unis. Les rachats d'actions se sont élevés à 942 milliards de dollars en 2024 et 1200 milliards de dollars en 2025, contre 190 milliards d'euros en 2024 et 182 milliards d'euros en 2025 en Europe (en incluant le  Royaume-Uni et la Suisse). Même si l'effet sur les cours boursiers n'est pas mécanique, le fait que les rachats d'actions font monter le Bénéfice par Action est favorable à la hausse des indices.

Au total, de nombreux facteurs (poids des entreprises technologiques, croissance, partage des  revenus, structure de l'épargne, rachats d'actions) expliquent la surperformance du marché des actions américaines par rapport au marché des actions européennes. On peut de plus penser que soutenir le marché des actions est un objectif de l'Administration et de la Réserve fédérale aux Etats-Unis, en raison de l'effet très négatif sur l'activité, sur les retraites, du recul des indices boursiers, alors que cette préoccupation n'est pas partagée par les gouvernements européens ou la BCE.

2 commentaires

  • 08:53

    la reponse est dans la question


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